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Au nom des femmes battues - Interview Tatiana-Laurens Delarue Nov 2O1O

Tatiana-Laurens chanteuse, présidente de l'association Rose-jaune et auteure, découverte avec son compagnon dans " Secret story 1 " sur TFI, mais depuis longtemps sur le chemin artistique, puisque dans la musique notamment depuis l'âge de 16 ans.

C'est en 2OO7 qu'elle participe à l'émission de télé réalité et qu'elle souhaite en profiter pour parler de la cause des femmes battues...


Tatiana, cette cause des femmes maltraitées n'est pas nouvelle dans votre discours, vous l'aviez évoqué dans cette émission très "people"?

"Ce que j'avais dit sur cette cause, n'est pas passé. Au contraire il y a eu beaucoup de portes fermées après mon passage dans " Secret Story ", ce n'est pas un sujet très " people " les violences intra familiales, j'allais " plomber l'ambiance " m'a-t-on dit, mais je n'ai pas lâché, c'est le combat de ma vie… "

Des jours sombres que vous avez confiés aux lecteurs de votre livre " Au nom des femmes battues " aux éditions J. Lyon. On apprend que dès l'âge de 4 ans, vous avez été témoin des violences subies par votre maman…

" Oui son compagnon l'a martyrisé pendant des années, il la trainé dans la cuisine pour la frapper, la violer, petite j'entendais chaque coups, à force je savais ou il la cogné, il y avait beaucoup de sang…
Elle savait qu'elle allait mourir, cet homme avait déjà était condamné pour des violences. Je priais pour qu'elle ne meure pas. Elle est décédée à 30 ans. Avant elle m'a fait promettre de protéger ma petite sœur, et d'honorer sa mémoire... "

Terrible ironie du destin, vous allez vivre vous-même ces violences, de la part d'un homme, votre compagnon quand vous aviez 18 ans, c'était " normal " pour vous en quelque sorte, peut-on dire ?

" Il y a beaucoup de femmes qui restent chez elle, et qui subissent cette violence à huit clos, la violence " routine ".On vit ça comme un tabou, un " péché " on ne sait pas à qui le dire. J'ai subi moi aussi cette violence, les coups, le viol, et même la séquestration. A l'époque, quand je me suis enfuie et quand j'ai été à l'hôpital et à la police, je ne savais même pas que le " viol " était reconnu entre conjoint. J'avais le sentiment que c'était de ma faute, que mes interlocuteurs me trouvaient limite masochiste, et presque m'en voulait pour ça... "

De ce viol est né un enfant, une grossesse forcée, et votre combat pour le protéger a commencé, car cet homme n'a pas arrêté de vous menacer et d'utiliser ensuite cet enfant pour vous atteindre...

" Il m'avait fait cet enfant pour me contrôler, nous serions lié à vie disait-il. Pendant ma grossesse il me frappait aussi. Quitter cet homme n'a pas marqué la fin des violences, à sa sortie de prison alors que j'avais élevé seule cet enfant, il est revenu pour nous menacer, " ce soir je te tue avec ton enfant ". J'ai tout tenté pour le protéger, demandant jusqu'à son placement par les services sociaux. Un jour les grands parents se sont opposés a ce que je ramène mon enfant, et leur fils a tout fait pour que la justice soit de son coté, jouant la manipulation, il en a obtenue sa garde, depuis je n'ai pratiquement plus de ses nouvelles. "

Une "double" peine que vivent de nombreuses mères qui, comme vous hésitent à partir du domicile conjugale alors qu'elles vivent un enfer, parce qu'en conséquence elles peuvent aussi perdre la garde de leurs enfants au profit du parent agresseur, ce qui achève de les tenir dans la terreur..

" S'enfuir est très difficile, vous êtes soumise, votre mari (votre compagnon) vous fait croire des choses terribles, enlève vos enfants, il fera croire que vous êtes folle, mettra en danger les gens que vous aimez, et vous repoussez ce projet tous les jours… "

Vous avez choisi de dénoncer, mais aussi d'agir contre ces violences en créant l'association Rose-Jaune, pour le choix de cet emblème ?

" En fait le rose représente la féminité, le jaune la tromperie. Je n'avais pas de choix, soit j'arrêté ma vie, soit je lui donnais un sens, et j'essayais d'en faire quelque chose. J'ai donc décidé de combattre ces violences conjugales en utilisant ma notoriété, mais ce n'est pas facile d'évoquer ce sujet, les médias ont du mal à parler de cela, et préfère les sextapes au témoignage d'une femme battue. Avec cette année consacrée aux violences faites aux femmes cela va un peu mieux, j'ai été reçu notamment chez Jean Marc Morandini pendant une heure et demi sur ce sujet. "

Que pensez-vous de la loi qui a été votée en décembre dernier ?

" Je pense que les politiques essaient de faire, mais qu'ils ne font pas grand-chose en définitive. Deux spots que personnes ne comprend et qui ne font pas de prévention, une loi qui ne va pas assez loin… J'ai écrit à la ministre de la santé Roselyne Bachelot, qui m'a répondu " qu'elle n'avait pas le temps pour s'occuper des maltraitances conjugale dans son emplois du temps, malgré que ce soit la grande cause national 2010". Je pense que cela couterait trop cher si la violence était vraiment prise en compte, il faudrait un vrai suivi médical et plus d'un homme irait en prison, alors qu'elles sont déjà pleines... "

Vous avez choisi de diffuser un spot choc, "sans-sûre" ou vous êtes vous-même en situation et d'écrire ce livre " témoignage ", pour cela vous avez du revivre ces moments terribles…

" Oui je n'étais pas sûr d'avoir le courage, le cran d'y arriver, se refaire mal une deuxième fois pour raconter ce que j'avais vécue…J'ai moi-même démarché les maisons d'édition, la première proposait une réponse dans 6 mois, la seconde à tout de suite dit oui pour ce projet. Cathy Selena m'a beaucoup supporté pour écrire ce livre, c'était difficile, j'avais besoin de soutien. Je lui ai raconté toute ma vie, elle m'a enregistré et cela a permis de débloquer le flot de mes souvenirs, ensuite je n'ai plus arrêté d'écrire, je " vomissais " mon histoire... "

Quels sont les actions que vous menez à travers votre association ?

" Dans notre pays, une femme meurt tous les deux jours et demi, victime des coups de leur compagnon, le foyer familial est l'endroit où l'enfant a le plus de risque de subir des violences physiques, psychologiques et abus sexuels (on parle d'un foyer sur 5 pour l'inceste). Je me bats pour qu'une vraie prévention soit mise en place, que l'on informe dans les écoles notamment, si, petite, j'avais été contacté par une infirmière cela aurait peut être changé les choses… Je m'adresse aussi aux professionnels de santé car j'ai appris que les médecins n'avaient presque pas de formation dans leur cursus sur ces violences. Je sollicite les politiques, et des amis connus par le grand public nous soutiennent et posent devant notre objectif pour soutenir cette cause. "

Merci infiniment Tatiana-Laurens, d'avoir accepté d'être membre d'honneur de notre association qui se consacre à aider les mères et leurs enfants. Quand les mères souffrent, les enfants souffrent forcement, c'est le binôme mère/enfant qui est victime. Comment vivez-vous aujourd'hui ?

" On m'a volé un enfant de mes tripes, on m'a enlevé ma mère à 12 ans, moi je me suis construite, ou reconstruite avec tout ça. Depuis, je n'arrivais pas à envisager d'avoir un autre enfant avec celui que j'aime depuis 9 ans, Xavier Delarue. C'est difficile pour lui aussi, je lui en ai fait baver, quand nous nous sommes rencontrés je ne voulais plus entendre parler de relation avec un homme. Son soutien est indéfectible, je n'ai que lui, je l'appelle mon " baobab "  ; ). Lutter contre ces violences est aujourd'hui le combat de ma vie. "


(SOS les MAMANS nov2O1O - Tous droits réservés)


Au nom des femmes battues 

Cliquez pour agrandir l'imageMa vie, mon calvaire, mon témoignage
Tatiana-Laurens

Editions J. Lyon
288 pages
19 euros
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Au nom des femmes battues 

Ma vie, mon calvaire, mon témoignage
Tatiana-Laurens

Editions J. Lyon
288 pages
19 euros
Association Rose-Jaune

Voir aussi:

Interview de Tatiana-Laurens Delarue présidente de l'association Rose-Jaune, pour la journée de la femme (8 mars 2014).
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